mardi 6 décembre 2011

Andy Clark - Natural-Born Cyborgs: Minds, Technologies, and the Future of Human Intelligence

Il y a des livres qui change votre manière de voir le monde, ce livre d'Andy Clark en est un.

Clark commence son ouvrage par une approche visant à identifier une spécificité de l'humain à savoir son affinité naturelle à concevoir des outils et les utiliser pour interagir avec son environnement. Il arrive à obtenir très vite une maîtrise importante des outils qu'il conçoit et les utilise avec une dextérité équivalente à celle qu'il a à l'usage de ces propres membres. En d'autres termes, il en arrive à faire de ces outils une extension de son corps, un constat qu'il est beaucoup plus simple de partager lorsque l'on considère des outils dont peut avoir oublié la nature : le langage, l'écriture, une montre. Je vous invite à ouvrir le livre pour voir quelques arguments structurés autour de tout cela.

Le reste des développements du livre donne un aperçu des possibilités que pourraient offrir la technologie à l'humanité et son implication sur sa nature intrinsèque. L'auteur est évidemment plutôt optimiste face à la technologie, mais on appréciera sa capacité importante à étayer un argumentaire sur des considérations aussi poreuses que l'impact des développements technologiques récents sur ce qu'est l'humanité. La variété et le caractère inattendu des exemples donnés confère au livre un intérêt vraiment important pour tous ceux qui s'intéressent aux développements récents de la science et de la technologie.

Je vous conseil la lecture de l'ouvrage, malheureusement, il n'est disponible qu'en anglais.


jeudi 1 décembre 2011

Ce que les réseaux sociaux et donc Facebook savent de vous

Quelque chose d'hyper tendance en ce moment c'est la notion de la vie privée autour des réseaux sociaux (yeah Facebook lui-même).

Pour moi, il y a trois niveaux de préoccupation à avoir là-dessus :

  • Ce qui peut être fait ;
  • Ce que les réseaux sociaux souhaitent faire (pour leur business, ceci en tenant compte des contraintes de leurs utilisateurs) ;
  • Ce que la loi autorise.
On peut également ajouter :
  • Ce qui peut être fait techniquement ;
  • Ce qui peut-être fait scientifiquement ;
  • Ce que les gens pensent qu'ils donnent comme données ;
  • Ce que les gens donnent factuellement comme données ;
  • Ce qui est accepté sociétalement ;
  • Ce qui ne l'est pas.
Je pense que l'on se focalise un peu trop sur l'aspect légal puisque cela sous tend que :
  1. Tout le monde respecte la loi ;
  2. Que le législateur a une compréhension si ce n'est complète, au moins superficielle du problème.
On peut se permettre de douter du point 1, on peut également de douter du point 2.

Je souhaite donner quelques éclairages sur ce que l'on peut savoir lorsque l'on s'appelle Facebook aujourd'hui.

Premièrement de part les informations que vous avez mis et simplement vos amis Facebook peut avoir une idée assez pertinente de qui vous êtes. Oui, grâce à ce que vous y avez mis volontairement, mais également grâce à ce qu'ont mis vos amis, voir les amis de vos amis. Par exemple, si vous avez omis de renseigner votre religion, Facebook connait certainement quelques algorithmes plutôt efficace pour compléter ce champs manquant (savoir s'ils sont utilisés en pratique est une autre paire de manches). On peut naturellement s'en servir sur des sujets beaucoup moins polémiques et beaucoup plus utiles commercialement pour connaître par exemple vos marques préférés ou vos goûts musicaux.

Deuxièmement Facebook peut avoir une idée très précise d'où vous êtes, et, si cela est mis en relation avec la connaissance et votre réseau social, pratiquement d'avec qui vous travaillez où vivez. Tout simplement avec l'usage de votre adresse IP pour déterminer où vous êtes et en me disant que si je vous vois derrière la même IP que Martine pratiquement tous les jours à la même heure, alors vous êtes certainement une connaissance de Martine. Si en plus je vois que vous avez dans vos amis le petit ami de Martine : jackpot !


Plus marrant (et troisième point au passage), Facebook sait exactement ce que vous faîtes en ligne, à chaque fois que vous voyez un bloc pour commenter sur Facebook, à chaque fois que vous voyez un bouton "like" (ou "j'aime" pour les frenchies), à chaque fois qu'un bout de Facebook vous apparait sous le nez. Facebook peut (et le fait certainement) mettre en lien le compte sous lequel vous êtes connectés et la page que vous avez visité. "Tiens voilà Michel, en général après sa lecture du Figaro et de La Croix il fait un saut sur des sites porno avant d'aller écrire un article pour Famille de France", notre ami Michel fait donc parti des psychorigides avec potentiel d'amusement. Virtuellement, sur ce type de tracing, vous êtes tracés ainsi à peu près sur la totalité des sites en vogue en dehors de Wikipedia (qui n'intègre pas Facebook). Pour information, des fois que l'information manque, lorsque vous arrivez sur une page, la page courante peut également transmettre la page depuis laquelle vous venez.

Rien à foutre ? vous connectez également en "navigation privé" ? Et bien quatrième point coco ! Quand tu es chez toi sur ton ordinateur et que tu te crois super malin parce que tu as pensé à passer en navigation privée tu n'es peut-être pas aussi "incognito" que tu le crois, tu as toujours la même adresse IP, tu as peut-être toujours le même navigateur et très certainement le même système d'exploitation... Bref, on peut également relié cela à ton compte. Dans l'hypothèse où ça ne suffirait pas, tu es traçable par le biais de Flash et de ses cookies LSO.

Cet article s'est borné à évoquer des possibilités, je pense que même un géant comme Facebook n'a peut-être pas les ressources nécessaires pour réussir à mettre tout ce que j'ai évoqué en place, mais je pense que le groupe ne se prive pas sur les parties qui ne sont pas illégales.

Personnellement, je vis avec, mais si vous le souhaitez voici un moyen simple et propre de couper efficacement Facebook. Editez votre fichier hosts (avec blocnote, notepad,  textedit, gedit ou équivalent) :
  • Sur Mac et Linux : /etc/hosts
  • Sur Windows XP, Vista and Windows 7 : C:\WINDOWS\system32\drivers\etc\hosts
Vous rajoutez à la fin de ce fichier les lignes suivantes pour couper Facebook purement et simplement (il vous suffira de les retirer pour que cela fonctionne de nouveau).

# Block Facebook
127.0.0.1 www.facebook.com
127.0.0.1 facebook.com
127.0.0.1 static.ak.fbcdn.net
127.0.0.1 www.static.ak.fbcdn.net
127.0.0.1 login.facebook.com
127.0.0.1 www.login.facebook.com
127.0.0.1 fbcdn.net
127.0.0.1 www.fbcdn.net
127.0.0.1 fbcdn.com
127.0.0.1 www.fbcdn.com
127.0.0.1 static.ak.connect.facebook.com
127.0.0.1 www.static.ak.connect.facebook.com

Ceci aura pour effet de rediriger toutes les connexions depuis votre machine vers Facebook sur une adresse IP erronée.


Pour ceux que ça intéressent les algorithmes cités sont ceux dits de propagation d'étiquettes (label propagation)
Ma source pour la liste de domaines à bloquer
Vous n'aimez pas être surveillé ? Vous trouverez dans les spyfiles de Wikileaks des documents et des noms d'entreprises qui participent à la surveillance généralisé des citoyens par les états


dimanche 27 novembre 2011

Les révolutions de demain

Article écrit il y a quelques mois à présent (mars 2011 peut-être).

Il y a quelques semaines, j'ai eu le plaisir de voir un reportage à faire vomir Pernault, j'entends pas là, qu'il ne comportait de mention à une région paumé de la France et ne concernait pas un espèce d'artisan/paysan consanguin qui complète son revenu en travaillant ; les aides pour la relance des régions en pleine effondrement économique ne représentant que 80% de son revenu.

Ce reportage concernait les révolutions qui secouent actuellement le monde arabe et font souffler un vent d'espoir sur l'avenir de l'humanité et la capacité des peuples à se soulever contre l'oppresseur.

L'élément le plus caractéristique était le récit d'une perquisition de la police Égyptienne avant la chute de Moubarak où les agents du dictateur bienveillant ne cherchaient pas les dirigeants des mouvements insurgés, ni même des armes, mais les outils de communication : ordinateurs / téléphones portables.

Cette communication est la clé, elle est la seule qui permettent de coordonnées des milliers de personnes... La force armée n'est d'aucun secours quand il s'agit d'un jeu beaucoup plus politique et quand tirer sur les foules ou remplir les prisons ne conduisent qu'à exciter la ire et la désapprobation internationale, pour peu que vous ayez le cul sur du pétrole on vous enverra presque l'aviation.

Par ailleurs, l'armée qui doit tirer sur les foules, pas de bol, est souvent issue des mêmes foules, et en général, on a beau être militaire ça fout un peu les nerfs de massacrer la famille.

Facebook est devenu plus important que les armes, l'information circulant plus vite et mieux, les foules deviennent moins manipulables. Les mouvements arabes sont pour moi la meilleure des illustrations autour de l'émergence de l'intelligence collective (j'y mettrais bien des guillemets tant je sais qu'il est cavalier de faire des parallèles entre des pays où les situations sont radicalement différentes et les populations variant d'un endormissement religieux consanguins à une éducation et une ouverture au monde plutôt importante).

Clairement si hier, les révolutions se jouaient à coup de force armée, les exemples tunisiens et égyptiens montrent que dorénavant ce n'est plus l'armée qui a les cartes en main. Les armes de demain concerne selon moi la fiabilité des réseaux et donc des thèmes comme la cryptographie, la redondance des moyens de communication, la fiabilité des réseau et leur tolérance à la faille.


jeudi 17 novembre 2011

Aidons l'argent ou le grand combat du bien et du mal (et d'Eva Joly peut-être) contre la réalité

Dans certains pays du tiers monde, les observateurs dénoncent la corruption qui dilapide l'action publique. Heureusement dans nos contrées développées, ces problèmes n'existent pas. Le principale problème que l'on peut voir autour de l'action de l'état n'est pas la manière dont il dépense l'argent mais bien la manière dont on peut se subtiliser à sa collecte.

Et oui chers ami, la célèbre évasion fiscale, en déclarant moins ou pas, en s'exilant dans des paradis fiscaux. L'évasion fiscale pour refuser de participer au pot commun, pour refuser d'aider les moins chanceux. L'évasion fiscale est le cancer de notre société pendant que la faim ronge les pays du sud.

Voici en ces quelques paragraphes un résumé de ce que je pense être le fond des campagnes douteuses d'Aidons l'argent ou encore d'Eva Joly, qui raffole décidément des débats manichéens bien abordables par le crétin des mortels et qui en éprouve la même attirance qu'un député à l'égard d'une idée d'une nouvelle subvention.

Enfin, c'est vrai que moi-même ai du mal à appuyer l'évasion fiscale tant il me semble que rien que penser la défendre est illégal. Pour vous montrer ma bonne volonté je vous propose même de regarder un petit spot du gouvernement italien (pour ceux qui ne comprennent pas l'italien, il suffit de retirer les a, les o et les e en fin de mot).



Bah oui, franchement, comment les italiens peuvent autant fuir le percepteur fiscal ? Ne voient-ils pas tout ce que l'état leur apporte ? Ne voient-ils pas ces chantiers tellement colossaux qu'ils n'ont jamais pu être bouclés ? Ne voit-il pas le zèle mis dans les campagnes visant à l'adoption massive du tri des déchets en agglomération napolitaine ? Ne voient-ils pas ce gouvernement intègre qui se saigne à blanc pour le pays ?

Non, les évadés fiscaux n'ont aucun sentiment.

Note : suivez les liens dans le paragraphe qui suit sinon cela va vous paraitre un peu terne.

En France, c'est pire. Ne voient-ils pas ce que le gouvernement fait pour l'avenir des jeunes ? Ne se sentent-ils pas impliqués dans sa lutte farouche et sans pitiée contre les quelques brebis galeuses qui sont dans les instances de la République ? Comprennent-ils le soin particulier apporté à la valorisation des éléments qui contribuent à son patrimoine et par là à celui de tous les français ? Ignorent-ils ces attentions quasi paternalistes sur les questions ardues qui visent à équilibrer santé publique et budget ? Ne respectent-ils pas cette implication désintéressée dans les instances gouvernementales ? Ne savent-ils pas apprécier le financement au plus juste d'une culture accessible à tous ?

Trêve de questionnement. Eviter l'évasion fiscale, dans les paradis fiscaux ou ailleurs ce n'est pas aller nourrir des petits africains, comme aimerait le suggérer le site de notre organisation altermondialiste préférée (EDIT : humanitaire en réalité, mais j'étais énervé).


Même si l'enfant en train de crever devant une bande de bobos crétins effarés avait le bide d'un supporter du PSG, ça ne pourrait rien y changer. Eviter l'évasion fiscale, c'est juste chercher à drainer un peu plus de fonds dans les mains de ceux qui le dilapident si bien. Bien qu'il soit aisé de le voir ainsi, celui qui ne paye pas l'impôt, aussi riche soit-il, ne devient pas un voleur, l'argent qu'il refuse de donner il l'a tout de même gagner infiniment plus que ceux qui se proposent d'en faire l'aumône à sa place.

Posons donc bien les alternatives, je vous prie :
  • Fuir l'impôt et garder son argent pour soi, certainement au mépris de ceux qui le payent, peut-être aussi parce que 7 millions c'est mieux que 4.
  • Ou bien payer jusqu'au dernier centime, se sentir une victime de plus de ce racket qui finance petits fours et populisme avec la même hargne que le réveil encourage le grattage testiculaire. Les poches vides mais au fond du coeur, cette satisfaction morbide de voir que le ventre des africains l'est aussi.


mardi 8 novembre 2011

H. P. Lovecraft - Les mythes de Cthulhu

Plaçons nous au début du siècle dernier, à la belle époque, oublions donc nos connexions internet, réduisons la voiture à l'état d'une innovation récente, le téléphone s'étend fragilement dans les pays civilisés. Nous sommes hors de tout contexte géopolitique,  nous nous intéressons à des sujets plus anciens qui se lient à des peurs plus anciennes. L'enjeu se place sur l'humanité entière, sur des peurs vieilles comme l'humanité à propos de créatures plus anciennes que la planète.

Il s'agit de peurs cachées dans l'ombre de nos subconscients, de choses dont peu de gens osent parler de peur d'attirer l'attention ou bien de peur d'éveiller des malheurs comme l'humanité ne sauraient en supporter. Les aventures livrées éparses dans l'oeuvre de Lovecraft sont à propos de ces choses dont on ne sait rien, dont on ne saura jamais rien car on a trop peur de les observer.

L'auteur manie avec une dextérité peu commune l'esprit de son lecteur pour décrire l'indescriptible et susciter la peur à partir de ce qui ne peut être ressenti ou compris par l'esprit humain. J'aurais des difficultés à nommer une oeuvre qui aurait la primeur sur les autres parmi les quelques nouvelles que j'ai lu autour de Lovecraft et ce qui constituent le Mythe de Cthulhu, un ensemble de nouvelles et de légendes plus ou moins connexes à une divinité anciennes éponymes qui dormirait dans une cité immergée au fond d'un des océans de ce monde.

Je peux cependant vous conseiller :
  • L'Appel de Cthulhu
  • L'Affaire Charles Dexter Ward
  • Les Montagnes hallucinées
  • La Couleur tombée du ciel
J'avais longtemps vu des oeuvres de ce Lovecraft dans un rayon science fiction, c'était un inconnu, aujourd'hui après avoir eu le plaisir d'emprunter un ouvrage de la bibliothèque d'un ami, c'est toujours un inconnu. Voici un auteur qu'il est difficile de décrire, malaisé de cerner, puisqu'il a créé un genre totalement nouveau, reprit par de nombreux autres pour créer des jeux, de nouveau textes.

Méfiez vous cependant ! Des éditions vendent des recueils composés d'une nouvelle de Lovecraft et d'oeuvres connexes, ce n'est pas l'idéal si vous souhaitez découvrir l'auteur.


lundi 31 octobre 2011

Philip K. Dick - Le Maître du Haut Château

Lire un livre, c'est bien, le comprendre c'est mieux. Dans son roman Le Maître du Haut Château, Philip K. Dick décrit une uchronie dans lequelle l'Axe aurait gagné la seconde guerre mondiale. Le roman se déroule dans un monde où ce qui était les Etats-Unis sont en réalité partagés entre les Japonais et l'Allemagne nazie.

Ces premières briques posées l'auteur mène quelque réflexions intéressantes par le biais de différents personnages sur les conséquences d'une telle situation : poursuite du génocide, développement d'une guerre froide où les principaux acteurs ne serait plus les occidentaux et les soviétiques mais bien un triptyque Japon, Allemagne jouxtée une Italie fasciste.

Dans un effet de mise en abîme, ce monde héberge un auteur qui a écrit une uchronie décrivant une situation proche, quoique légèrement différente de la réalité que nous connaissons. Cet ouvrage intitulé La Sauterelle se lit en sous main car il est peu approuvé par les forces en présence puisqu'elle s'y voit réduite à l'état de peuples occupés.

Les histoires de différents personnages se croisent s'en pour autant se rencontrer. Certaines amènent le lecteur à s'interroger sur la situation des peuples ayant perdu la guerre et vivant sous une occupation, d'autres présentent la géopolitique du monde tel qu'il aurait pu être, un monde où les vainqueurs finissent bien par être obligés de se trouver un nouvel ennemi.

Ce qui m'a manqué dans cet ouvrage c'est le moment que l'on attend bien souvent au détour de ces chemins croisés où l'on comprend pourquoi ils devaient se croiser. Seulement voilà : "go fuck yourself !", y'en a pas. Je vous invite donc à reboucher le champagne et ranger les petits fours, pas d'apothéose au menu de ce soir, merci, bonne soirée.

J'ai eu du mal à aller au-delà de cette fin, de ce rendez-vous manqué, j'ai eu du mal à essayer de donner un autre sens à ce livre. Et Philip K. Dick ayant un talent certain pour l’insensé, je m'étais résigné à accepter l’inacceptable d'une histoire au sens profond qui était absent ou m'étais inaccessible. J'ai cependant eu le plaisir de compléter ma lecture avec l'analyse présente sur Wikipedia (à lire après l'oeuvre) petit réconciliation de dernière minute avec l'ouvrage au moment de l'écriture de cet article.

Ce que j'apprécie énormément dans K. Dick ce sont ces mondes qui décrivent des situation étrange, invitant à la réflexion, ce que j'aime moins ce sont ces passages difficiles à lire, ces intrigues qui ne mènent à rien, j'ai l'impression d'être inviter au restaurant et d'attendre pour l'éternité des plats qui n'en finissent par d'arriver.


jeudi 20 octobre 2011

Stéphane Hessel - Indignez-vous ! C'est fait, merci !

Voici peut-être un des ouvrages dont on a le plus parlé ces temps-ci... N'imaginez pas un pavé, Indignez-vous ! fait 11 pages hors fioritures.

Que dire de celà, sinon du fait que j'ai été effectivement indigné. Pas vraiment par les quelques mots qui expliquent que ce n'est pas en restant silencieux que le monde changera, indigné peut-être par le message de fond ce livre, indigné peut-être parce qu'avant de "protester" j'aurais suggéré de penser, indigné peut-être parce qu'à la réflexion il est effectivement plus vendeur de dire "indignez-vous !" que "geignez !" même si le sens reste le même.

Cette absence de réflexion, je la ressens tout d'abord par les biais d'informations du texte. C'est aisé de présenter la Résistance comme une oeuvre de bien absolue dont De Gaulle incarnerait Dieu le père et le nazisme l'incarnation du mal. Il faudra considérer que le point des camps de concentration était inconnu durant la guerre, on avait donc simplement un envahisseur de plus. Ça, on oublie !

C'est élégant de critiquer nazisme allemand, communisme soviétique et fascisme italien, voici l'offre tant vantée de la Résistance :

«Une organisation rationnelle de l'économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général [...]»

Bref ... la même soupe.

C'est également facile de faire croire que toute les français étaient unis comme un même homme derrière la Résistance, mais si cela avait été le cas, j'imagine que les allemands auraient eu plus vite fait de vitrifier le pays que d'essayer de l'occuper.

Parenthèse humoristique.

Continuons sur la résistance, M. Hessel se complait à nous dépeindre la Résistance comme une oeuvre humaniste, on doit bien également à quelques uns de ces gens des procès sommaires à la Libération, la tonte de femmes ayant couchés avec les allemands ? Ça, on oublie !

Parmi les oublis, je vous épargnerais ici un allumage en règle du système de retraite et de la sécurité sociale français, ça nous fera un peu de redite.

On continue sur autre chose alors ? C'est facile de regarder et de présenter la situation israelo-palestinienne sous le prisme "enculés d'israeliens" en omettant toute mention au fait que le Hamas soit un mouvement aux pratiques douteuses et je doute que son seul crime soit de "n'avoir pas su réussir à empêcher des tirs de roquets". Ça, on oublie ! French touch certainement.

Pour finir, vous vous en douterez bien, après les juifs israéliens, les banquiers et l'accroissement des inégalités tout ça. J'ai vraiment beaucoup de mal à pleurer quand on m'explique l'accroissement des inégalités, en m'informant que des vivent avec moins de deux euros par jour en faisant totalement abstraction du fait qu'ils ne payent certainement pas leur baguette 0,90 € et que de ce fait les deux euros ne signifient rien. Peut-on faire mieux en matière d'information biaisée ?

Travail d'ambassadeur exige, je juge rhétoriquement parfait cet oubli subtil, léger et discret de toutes les ignominies que l'on peut mettre sur le dos de l'Etat français et de la république du général.

Nouvel interlude humoristique.

Dois-je parler de la corruption ? Dois-je parler du tout Etat ? Dois-je parler de ces syndicats véreux qui ne représentent rien ni personne et ont encore tout pouvoir ? Dois-je parler de cette Sécurité Sociale (gérés par les mêmes syndicats) qui nous arrachent les tripes et offrent en échange une opération de l'appendicite gratuite (uniquement chez les médecins assermentés) ? Dois-je parler de l'ingérence sélective dont fait preuve l'Etat français pour la gestion de son "rayonnement à l'international" sous réserve que cela arrange Total ou un autre ? Ça, on oublie : concentrons-nous sur la financiarisation !

Je ne peux même pas me retrouver dans la mise en avant de la non-violence dans l'essai : présentée comme un autre dogme, ça perd de sa saveur. Surtout quand finalement il ne s'agit que d'imposer une autre vision par la voie légale. Pour ma part, j'ai choisis d'élargir la non-violence à la non-coercition.

S’indigner peut-être. Réfléchir certainement. Bêler avec le troupeau jamais.


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